Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2024 de Politique étrangère (n° 4/2024). Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage d’Amy Myers Jaffe,Energy’s Digital Future: Harnessing Innovation for American Resilience and National Security (Columbia University Press, 2024, 248 pages).
Amy Myers Jaffe publie un livre qui contraste avec le discours industrialo-décliniste en vogue dans certains pays européens, où les préoccupations se concentrent sur les prix trop élevés de l’électricité ou du gaz et la faible productivité qui érodent les industries.
Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver 2024 de Politique étrangère (n° 4/2024). Frédéric Munier, professeur de géopolitique à SKEMA Business School, propose une analyse de l’ouvrage de Laurence Badel,Écrire l’histoire des relations internationales. Genèses, concepts, perspectives. XVIIIe-XXIe siècle (Armand Colin, 2024, 296 pages).
C’est peu dire que, en une trentaine d’années, le champ de l’histoire des relations internationales (RI) a connu d’importants changements, tant dans ses perspectives que dans sa méthodologie. Le livre de Laurence Badel relève le défi de rendre compte de la profusion de la recherche en ce domaine, sous le double sceau de l’exigence scientifique et de la clarté pédagogique. L’ouvrage se présente comme une réflexion historiographique et épistémologique visant à « rassembler et ordonner les réflexions qui se sont succédé » ; une œuvre d’historienne donc et non de politiste.
Passée l’introduction, Laurence Badel ordonne son propos autour de six chapitres denses. Les deux premiers dressent un panorama passionnant de l’essor de l’histoire des RI, de l’histoire diplomatique – qui puise sa source dans l’étude juridique des traités – à l’histoire nationale des RI, marquée notamment par l’influence de l’école historique allemande et son fameux impératif de décrire les choses « telles qu’elles se sont passées ». Mais c’est bien l’expérience de la Première Guerre mondiale qui a donné forme à l’histoire moderne des RI, notamment par le recours à la pluridisciplinarité. Dans cette vaste fresque, Laurence Badel navigue avec un certain bonheur au sein des différentes traditions nationales européennes en soulignant les porosités entre les travaux des think tanks, les recherches en RI, les travaux d’historiens proprement dits, jusqu’à évoquer l’influence actuelle du numérique.
Dans les chapitres suivants, Laurence Badel illustre avec une très grande clarté le renouvellement de la recherche historique dans le domaine des RI. Alors que pour Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle – et leur classique Introduction à l’histoire des relations internationales – il ne faisait aucun doute que l’étude des « forces profondes » qui animaient l’histoire des RI devait se focaliser sur les États et les hommes d’État, on assiste depuis une génération à une série de remises en cause ou d’approfondissements des cadres traditionnels d’analyse. C’est le cas des « catégories de l’international » (chapitre 3) ; les périodisations ont été réinterrogées, les appellations géographiques désoccidentalisées. Les « figures de l’international » (chapitre 4) ne se limitent plus aux chefs d’État mais comptent désormais dans leurs rangs celles du médiateur, de l’expert, du militant, sans oublier les femmes. Les liens entre les individus et la structure, l’« agentivité », mais aussi l’importance des émotions ont été mis en valeur. Il en est de même concernant les « lieux de l’international » (chapitre 5) ; si les États ont gardé une place prééminente, il faut compter aujourd’hui sur les entreprises, les fondations, les lieux sportifs ou médiatiques mais aussi la rue. Le dernier chapitre s’intéresse enfin à un objet original et négligé mais pourtant au cœur de l’histoire des RI : le corps.
On sort de la lecture de cet ouvrage avec l’impression d’avoir entre les mains à la fois un livre de référence en historiographie et une boîte à outils pour s’orienter dans le domaine de la recherche ; en somme, un bilan et une invitation à aller plus loin. Comme l’avait noté en son temps Georges Duby, « l’histoire continue ».
La recension de ces trois ouvrages a été publiée dans le numéro d’hiver 2024 de Politique étrangère (n° 4/2024). Julien Nocetti, chercheur associé à l’Ifri, propose une analyse croisée des ouvrages de : Martin Untersinger,Espionner, mentir, détruire. Comment le cyberespace est devenu un champ de bataille (Grasset, 2024 ; lauréat du prix Albert-Londres 2024) ; Arnaud Coustillière et Aude Leroy,Soldat de la cyberguerre (Tallandier, 2024) ; Lennart Maschmeyer,Subversion: From Covert Operations to Cyber Conflict (Oxford University Press, 2024).
Face à ce qu’il est convenu d’appeler une « brutalisation » numérique des relations internationales, tant sont omniprésentes les cyberattaques, ces trois ouvrages entendent apporter nuance et pédagogie. Sous des regards croisés – un journaliste d’investigation, un ancien officier général de la Marine nationale et un universitaire –, l’enjeu cyber revêt ici une dimension concrète et dépassionnée, au sens où il est ramené au répertoire d’action des États sur la scène internationale. L’affaire n’est pas mineure, si l’on songe à la récurrence des débats (tant publics que stratégiques) depuis près d’une génération sur la survenue d’un « Pearl Harbor cyber ».
Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne 2024 de Politique étrangère (n° 3/2024). Dominique David, rédacteur en chef de la revue, propose une analyse de l’ouvrage de Gaïdz Minassian,Arménie-Azerbaïdjan, une guerre sans fin ? Anatomie des conflits post-soviétiques, 1991-2023 (Passés composés, 2024, 368 pages).
Le grand mérite de l’ouvrage de Gaïdz Minassian est de nous introduire à la complexité : complexité de l’objet – l’affrontement arméno-azéri –, complexités internes des acteurs, complexité plus générale des rapports stratégiques et géopolitiques de l’espace post-soviétique.
L’auteur organise son ouvrage autour des trois temps des « guerres du Haut-Karabagh » : 1991-1998, 1998-2016 et 2017-2023.
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