Catégorie : Revue des livres Page 231 of 286

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Against the Consensus. Reflections on the Great Recession

consensusCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Claudia Hulbert propose une analyse de l’ouvrage de Justin Yifu Lin, Against the Consensus. Reflections on the Great Recession, (Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 276 pages).

Justin Yifu Lin, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, signe un livre captivant qui remet en cause plusieurs piliers de l’analyse économique moderne. En analysant en profondeur la crise économique actuelle, l’auteur parvient à trois conclusions majeures.

Premièrement, les raisons habituellement invoquées pour expliquer la récession ne sont pas assez fondées. L’auteur s’oppose à l’idée répandue selon laquelle ce sont les différentiels de balances courantes (et en particulier les surplus importants en Asie du Sud-Est) qui, via des achats massifs de bons du Trésor américain, ont provoqué une pression à la baisse sur les taux d’intérêt aux États-Unis, entraînant une bulle du crédit. Pour lui, la dérégulation financière des années 1980, aux États-Unis puis en Europe, a généré de larges augmentations de liquidités qui ont nourri la bulle immobilière, gonflé la consommation et entraîné de larges déficits courants et des flux de dollars vers l’étranger. Le lien de causalité serait donc en quelque sorte inversé.

Deuxièmement, les théories récentes du développement seraient inadaptées à l’évolution actuelle de l’économie mondiale. Les pays ayant véritablement décollé économiquement depuis la Seconde Guerre mondiale ont suivi une double stratégie de soutien aux exportations et de protection des industries jugées prioritaires. Un modèle de développement adapté pourrait donc reposer sur une stratégie d’avantages comparatifs renforcée par un schéma de flying geese (littéralement : « oies volantes »), selon lequel des pays proches copient un pays à succès.

Turbulent and Mighty Continent. What Future for Europe?

GiddensCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Vivien Pertusot propose une analyse de l’ouvrage d’ Anthony Giddens, Turbulent and Mighty Continent. What Future for Europe?, (Cambridge, Polity, 2013, 224 pages).

Anthony Giddens est un auteur prolifique, mais il a finalement assez peu écrit sur l’Europe. On retrouve toutefois ici certains concepts développés auparavant, notamment celui du « modèle social européen », central dans Europe in the Global Age (2007). L’objectif du présent ouvrage est clair : la crise de confiance que traverse l’Union européenne (UE) est profonde, mais il n’est pas trop tard pour la résorber. À cette fin, Giddens ne voit d’autre solution que d’approfondir l’intégration de la zone euro, car « une solution fédérale, même minimaliste, n’est pas simplement de nouveau à l’ordre du jour, c’est une exigence ».

Tout d’abord, la foi des citoyens envers le projet européen s’amenuise. Ce phénomène s’est accéléré ces dernières années avec une intégration effrénée, qui a créé plus de désespoir que d’espérance. Ensuite, l’auteur relève l’émergence négative de deux Europe, EU1 et EU2. EU1 représente l’Europe communautaire, autrement dit les institutions européennes, que l’auteur appelle l’« Europe de papier », et dont l’influence a chuté au détriment d’EU2, l’Europe intergouvernementale dominée de facto par l’Allemagne et dans laquelle les décisions se prennent de manière confidentielle.

Magnificent Delusions. Pakistan, the United States, and an Epic History of Misunderstanding

PakistanCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Olivier Louis propose une analyse de l’ouvrage de Husain Haqqani, Magnificent Delusions. Pakistan, the United States, and an Epic History of Misunderstanding, (New York, NY, Public Affairs, 2013, 416 pages).

Husain Haqqani publie un ouvrage consacré aux relations entre le Pakistan et les États-Unis. Successivement conseiller spécial de Nawaz Sharif lors de ses deux premiers mandats de Premier ministre, porte-parole de Benazir Bhutto, ambassadeur du Pakistan aux États-Unis, conseiller proche du président Asif Ali Zardari, Haqqani vit aujourd’hui aux États-Unis, sous le coup d’une accusation de trahison lancée par l’armée pakistanaise et validée par la Cour suprême – mais non jugée –, à la suite d’une mystérieuse affaire (Memogate), dont l’objectif était sans doute de contraindre Zardari à la démission.

Ce dernier ouvrage ne le réconciliera pas avec ses deux bêtes noires, l’armée et la mouvance religieuse. Dans l’examen critique des politiques des deux États, c’est le Pakistan qui apparaît sous le plus mauvais jour. Naïveté, ignorance et complaisance sont les principaux reproches adressés aux États-Unis. Duplicité, paranoïa anti-indienne et mégalomanie islamiste, ceux dirigés contre le Pakistan. L’auteur analyse précisément la première période de l’histoire du pays, de Muhammad Ali Jinnah à la guerre indo-pakistanaise de 1965. Dès l’origine, la surévaluation de l’importance du Pakistan et le malentendu sur les objectifs de l’alliance américano-pakistanaise sont en germe. Sur le premier point, Haqqani rappelle qu’Ali Jinnah lui-même croyait que le Pakistan serait le « pivot du monde » et que les États-Unis auraient plus besoin du Pakistan que le contraire. Sur le second point, l’auteur raconte comment le maréchal Muhammad Ayoub Khan, au pouvoir de 1958 à 1969, réussit à convaincre les Américains de la gravité de la menace que l’Union soviétique était censée faire peser sur le Pakistan et du rôle essentiel d’Islamabad pour contrecarrer la « course vers les mers chaudes » de la diplomatie soviétique. En réalité, son seul objectif était d’obtenir, si possible gratuitement, les armes qui lui permettraient au moins de maintenir une parité stratégique avec l’Inde. Pendant l’âge d’or des relations avec Washington, entre 1958 et 1965, il obtint cet arsenal. Tout comme lui, ses successeurs jusqu’au départ du général Pervez Musharraf en 2008 n’ont conçu la relation avec les États-Unis que comme un moyen de renforcer leur pays contre la supposée menace indienne. L’auteur souligne une troisième composante de cette relation : la montée de l’antiaméricanisme dans la population, suscitée par l’armée elle-même afin qu’elle apparaisse comme le seul rempart contre le risque de dérive islamiste du pays. Ces trois traits se retrouvent dans les trois autres périodes fondamentales de la relation États-Unis/Pakistan : l’action conjointe des États-Unis et du Pakistan en Afghanistan (1978-1988), la crise résultant du programme nucléaire militaire du Pakistan (1989-1998) et la « guerre contre la terreur » (de 2001 à aujourd’hui).

Transforming India. Challenges to the World’s Largest Democracy

IndiaCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Isabelle Saint-Mézard propose une analyse de l’ouvrage de Sumantra Bose, Transforming India. Challenges to the World’s Largest Democracy, (Cambridge, MA, Harvard University Press, 2013, 352 pages).

La première qualité de l’ouvrage de Sumantra Bose est d’éclairer une actualité indienne encore dominée par les seizièmes élections générales du printemps 2014. On s’intéresse en effet ici à la régionalisation grandissante du système politique indien, une tendance de fond qui a toujours été à l’œuvre dans le pays, mais qui s’est fortement accentuée depuis les années 1990. Comme le note l’auteur, cette régionalisation complique, fragmente et diversifie une scène politique jadis dominée par le seul parti du Congrès national indien. Elle conduit en effet à « l’émergence d’une pléthore de partis politiques représentants des identités et des intérêts communautaires particuliers, chacun [de ces partis] étant basé dans un seul État de l’Union indienne ». À un niveau plus structurel, elle change la nature même du système politique, soumis à une « fédéralisation par le bas », en faisant advenir une démocratie de plus en plus « décentrée ». Dans un tel contexte, l’auteur se montre sceptique sur l’avenir du Congrès, qui reste trop centralisé et trop dépendant de la dynastie Nehru-Gandhi. Le Parti du peuple indien (Bharatiya Janata Party, BJP), en revanche, lui semble mieux à même de s’adapter à ces mutations profondes, comme le montre l’exemple de Narendra Modi qui, avant de se hisser sur la scène politique nationale, a longtemps œuvré au niveau strictement régional comme chef de gouvernement du Gujarat.

Page 231 of 286

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén