Étiquette : rivalité sino-américaine Page 2 of 5

Ombres chinoises

Le 15 septembre dernier, François Clemenceau a publié dans sa chronique « Le monde à l’endroit » (La Tribune) un article qui interroge, à quelques semaines des élections présidentielles, le « rapport [américain] à la Chine ». Il cite à cet effet l’article écrit par Maud Quessard, « Quelle politique étrangère démocrate après Biden ? » et celui de Philippe Le Corre, « La Chine au cœur de la politique étrangère américaine », parus dans le n° 3/2024 de Politique étrangère.

En l’absence d’un autre débat présidentiel aux États-Unis d’ici au 5 novembre, la question du rapport à la Chine, une obsession de la classe politique américaine, ne sera pas au cœur des sujets de la campagne. Le monde entier, dont l’Europe, aimerait pourtant ne pas être dans le doute sur les intentions des États-Unis.

Le moins que l’on puisse dire du débat de mardi soir entre Donald Trump et Kamala Harris, c’est qu’il n’a pas franchement « pivoté » vers l’Asie. Et pas beaucoup plus sur la Chine, bien que les deux candidats aient dit en quelques mots seulement à quel point ils continueraient à prémunir les États-Unis dans la compétition commerciale et technologique qui les oppose à leur premier concurrent.

The Future of Multilateralism and Globalization in the Age of the U.S.-China Rivalry

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2024 de Politique étrangère (n° 1/2024). Boyan Radoykov propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Norbert Gaillard, Fumihito Gotoh et Rick Michalek, The Future of Multilateralism and Globalization in the Age of the U.S.-China Rivalry (Routledge, 2024, 286 pages).

Cet ouvrage sensibilisera le lecteur aux grands enjeux générés par la rivalité entre les deux premières superpuissances. Le lecteur appréciera la richesse et l’homogénéité des analyses d’une thématique disparate, qui contribuent à la richesse d’un ouvrage documenté, abondant en faits, statistiques et références historiques.

L’ouvrage couvre presque exclusivement les aspects économiques de cette rivalité et n’aborde que sporadiquement, et de manière insuffisante, les aspects politiques, militaires et de sécurité globale. Cela affaiblit l’ambition des auteurs de « fournir un schéma directeur pour un ordre international remodelé et florissant ». Les sections consacrées aux défis du changement climatique et à la crise du Covid-19 ne comblent que partiellement cette lacune. Le livre réussit cependant à nous convaincre que le monde est déjà l’arène du jeu concurrentiel entre les deux superpuissances, avec des sphères d’influence fluctuant au gré des élections et des alliances, et donc beaucoup moins établies et respectées que pendant la guerre froide.

La guerre des mondes

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2024 de Politique étrangère (n° 1/2024). Amélie Ferey, chercheuse au Centre des études de sécurité de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Bruno Tertrais, La guerre des mondes. Le retour de la géopolitique et le choc des empires (L’Observatoire, 2023, 288 pages).

Pour Bruno Tertrais, nous sommes entrés dans une « guerre des mondes », soit le « troisième choc en cent ans entre le monde des autocraties et celui des démocraties, dans laquelle des États révisionnistes, insatisfaits du statu quo, seront responsables de conflits indirects et de crises majeures ».

Cette guerre oppose deux familles partageant des ressemblances économiques, stratégiques et politiques. La notion, plus souple que celle de bloc, permet à Tertrais de rendre compte des mouvements internes allant vers l’un ou l’autre pôle, par exemple de pays ayant des intérêts économiques les rattachant à l’Occident mais tentés par des politiques autoritaires, comme c’est le cas de la Hongrie. Dans cette guerre – qui sera donc « tiède » –, l’Occident est bien placé. Ses idées attirent plus que celles des régimes autoritaires, et il conviendrait de repenser son fameux « déclin » davantage comme une stagnation.

Interview : 3 questions à John Seaman

Chercheur au Centre Asie de l’Ifri, John Seaman a écrit l’article « Minerais critiques : une diversification problématique » dans le n° 4/2023 de Politique étrangère. Il répond ici en exclusivité à 3 questions pour politique-etrangere.com.

1. De quelles manières la transition énergétique bouleverse-t-elle la géopolitique des matières premières ?

D’abord, il faut noter l’effet de la demande – une plus grande quantité pour une plus grande diversité de matières premières – essentiellement des métaux. Les technologies de la transition énergétique – éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques, systèmes à hydrogène – font déjà appel à une grande diversité de métaux, dont le lithium, le cobalt, le nickel ou le graphite pour les batteries, le néodyme ou le dysprosium (qui font partie du groupe dit des « terres rares ») pour les aimants permanents, et même des métaux de base comme le cuivre, nécessaire en grandes quantités pour soutenir une électrification massive. La demande pour ces matières premières augmente déjà et va vraisemblablement continuer de s’accroître de manière exponentielle dans les années à venir – de l’ordre de 40 fois pour certaines matières comme le lithium.

Plus la transition énergétique s’accélère – avec celle du numérique en parallèle –, plus on bascule d’un âge des hydrocarbures vers un nouvel âge des métaux, créant de nouvelles relations de dépendance et de nouveaux jeux de pouvoir. Il est clair que certains pays sont mieux lotis que d’autres : l’Indonésie avec ses réserves de nickel ; le Chili, l’Argentine ou même le Mexique avec des sources de lithium ; la République démocratique du Congo avec le cobalt ; ou encore des pays comme l’Australie et le Canada qui bénéficient de richesses minérales importantes dans leurs sous-sols.

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