La Syrie de Bashar al-Asad. Anatomie d’un régime autoritaire

Cette recension est issue de Politique étrangère 3/2013. Jean-Loup Samaan propose une analyse de l’ouvrage de Souhaïl Belhadj, La Syrie de Bashar al-Asad. Anatomie d’un régime autoritaire (Paris, Belin, 2013, 464 pages).

6467_couv_syrie.inddAlors que l’endurance du régime de Bashar el-Asad défie les pronostics des médias, ce livre replace le conflit en cours dans son contexte historique et sociologique. Pour ce faire, Souhaïl Belhadj offre au lecteur un examen approfondi du « système Asad » qui permet de dépasser quelques-uns des clichés les plus répandus sur le régime syrien. Alors que celui-ci est souvent réduit à une dictature alaouite, S. Belhadj explique plus précisément « [qu’] en Syrie comme ailleurs, une direction politique qui veut durer ne saurait s’assurer du seul soutien d’un groupe social minoritaire […] le leadership ba’athiste syrien est avant tout l’agent d’un partage communautaire du pouvoir (alaouite-sunnite) et la clé de voûte d’un régime autoritaire qui limite l’accès aux ressources politiques et économiques par l’intermédiaire d’institutions telles que le parti Ba’th, les services de renseignement et l’armée ».
Après une première partie dédiée à la genèse du régime – l’accession au pouvoir d’Hafez el-Asad –, l’auteur consacre le cœur de son travail à la transition des années 2000 et à la consolidation du règne de Bashar el-Asad. À ce titre, les pages sur la stratégie de légitimation de Bashar au sommet de l’État mise en œuvre par Mustafa Tlass et Abdel Halim Khaddam, les deux piliers du système, sont passionnantes par leur capacité à nous restituer la mécanique du pouvoir dans l’armée et le parti Baath. Autre cliché ici dépassé : S. Belhadj réfute méthodiquement la thèse d’un Bashar réformiste dont les projets auraient été entravés par la vieille garde. Au contraire, le jeu des nominations au gouvernement et dans le Parti dans la dernière décennie dévoile l’émergence d’une nouvelle garde auprès de Bashar. Loin de l’image de néophyte de la politique, l’homme semble avoir pris soin très rapidement de s’affranchir de la tutelle des caciques du régime pour asseoir son autorité.
Résultat de près d’une décennie de recherches en Syrie, le travail de S. Belhadj a pour première qualité son apport empirique. L’étude du système Asad reste une entreprise délicate de par la difficulté d’accès au terrain syrien et, à cet égard, les sources exploitées ici sont remarquables dans leur exhaustivité : l’auteur lit entre les lignes des communiqués de presse, souvent arides, des journaux de la Syrie des Asad (Tishrin, Al Baath), décortique les procès-verbaux des réunions et congrès du parti Baath et interroge à la fois les apparatchiks et les opposants. Si le chapitre sur la politique étrangère est légèrement moins convaincant que le reste de l’analyse – principalement parce que ces passages touchent aux aspects les plus connus et étudiés sur la Syrie –, l’ouvrage constitue dans son ensemble un éclairage précieux sur un régime dont la logique interne reste méconnue, voire caricaturée. Restant prudent quant à l’exercice prospectif, S. Belhadj offre en conclusion une réflexion fort précieuse sur le futur de la Syrie : «…le nouveau régime portera les stigmates de l’ancien : par exemple la capacité de “massifier” la société politique […] comme un ensemble d’individus politiquement rassemblés par un lourd et très organisé parti hégémonique ; mais également la capacité à diviser cette société en prenant soin de coopter les membres de certaines régions et certaines confessions ».

Jean-Loup Samaan

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