Catégorie : Revue des livres Page 227 of 290

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Le Jourdain entre guerre et paix

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). Denis Bauchard propose une analyse de l’ouvrage de Pierre Berthelot, Le Jourdain entre guerre et paix. Approches historiques, géopolitiques et juridiques (Presses universitaires de Bordeaux, 2013, 456 pages).

Le livre de Pierre Berthelot a pour objet l’acuité du problème de l’eau au Proche-Orient. Il constitue une somme ambitieuse, avec une approche multidisciplinaire, historique, géopolitique et juridique, particulièrement pertinente, focalisée sur le problème du bassin du Jourdain. L’introduction ose la question fondamentale : le problème de l’eau est-il majeur pour faire la paix au Proche-Orient entre Israël et ses voisins arabes ?

Ce problème est d’autant plus aigu que, de 1953 à 2012, le débit moyen du Jourdain sous le pont Allenby est passé de 1,2 million à 200 000 mètres cubes, alors que dans le même temps la population sur le territoire de la Palestine mandataire est montée de 4 à 12,5 millions d’habitants. Dans une première partie à caractère historique, l’auteur montre que le contentieux sur l’eau entre juifs et arabes apparaît dès le milieu du XIXe siècle.

U.S.-Russian Relations in the 21st Century

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2014). Thomas Gomart propose une analyse de l’ouvrage de Angela Stent, The Limits of Partnership: U.S.-Russian Relations in the Twenty-first Century (Princeton University Press, 2014, 356 pages).

Professeur et directeur du Center for Eurasian, Russian, and East European Studies à Georgetown University, ayant longtemps travaillé au département d’État et au National Intelligence Council sur cette zone, Angela Stent allie rigueur universitaire et expérience diplomatique. La grande qualité de cet ouvrage réside dans son honnêteté à l’égard des protagonistes et dans une connaissance intime des deux systèmes politico-diplomatiques. En ressort un jugement critique et équilibré sur les occasions ratées, aussi bien par les États-Unis que par la Russie, de dépasser l’héritage de la guerre froide et celui des années 1990. Toutes les tentatives de redémarrage – reset selon le terme popularisé par la première administration Obama – engagées par Washington ont échoué, de George Bush à Barack Obama en passant par Bill Clinton et George W. Bush. Du côté de Moscou, les exemples ne manquent pas d’instrumentalisation d’un antiaméricanisme toujours très présent dans la société russe.

Sectarian Politics in the Gulf

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2014). Jean-Loup Samaan propose une analyse de l’ouvrage de Frederic M. Wehrey, Sectarian Politics in the Gulf. From the Iraq War to the Arab Uprisings (Columbia University Press, 2014, 328 pages).

Au travers de trois études de cas (Arabie Saoudite, Koweït et Bahreïn), cet ouvrage retrace la genèse et le développement du conflit entre sunnites et chiites dans le golfe Persique.

Le point de départ pourrait être résumé ainsi : comment trois régimes arabes ayant fait de l’Iran des ayatollahs une menace existentielle négocient-ils le contrat social avec leurs propres populations chiites – en particulier la monarchie bahreïnie où ces dernières sont majoritaires ? Si le livre explore plus particulièrement la période depuis 2003 – soit l’invasion américaine de l’Irak et la chute du régime de Saddam Hussein –, un des premiers chapitres revient sur un épisode clé dans la construction des identités conflictuelles entre sunnites et chiites : la révolution iranienne de 1979. Celle-ci constitue pour Frederic Wehrey le « prisme à travers lequel les chocs extérieurs de la guerre d’Irak et même les soulèvements arabes de 2011 sont filtrés ».

Gouvernance de l’internet : lectures croisées

Cette recension croisée est issue de Politique étrangère (4/2014).  Julien Nocetti propose une analyse des ouvrages suivants : Laura DeNardis, The Global War for Internet Governance (Yale University Press, 2014, 296 pages) ; Abu Bhuiyan, Internet Governance and the Global South: Demand for a New Framework (Palgrave Macmillan, 2014, 240 pages) ; et Roxana Radu, Jean-Marie Chenou et Rolf H. Weber (dir.), The Evolution of Global Internet Governance: Principles and Policies in the Making (Springer-Schulthess, 2014, 198 pages).

Politique étrangère s’est déjà fait l’écho de plusieurs ouvrages offrant un cadre d’analyse à l’insertion de l’internet dans les débats sur sa gouvernance mondiale et son implication pour la théorie des relations internationales[1]. Conceptualiser cette gouvernance est aujourd’hui devenu un véritable défi, tant il apparaît évident que l’internet s’est mué en un enjeu de politique étrangère. Pour les spécialistes des relations internationales, ces défis sont de plusieurs natures. D’abord, un coût d’entrée particulièrement élevé, lié autant à la technicité du sujet internet qu’à l’interdisciplinarité de la gouvernance du réseau, qui mêle économie institutionnelle, science politique et relations internationales, sciences de l’information et de la communication, sociologie et droit[2]. Si l’on ajoute le nécessaire effort de compréhension des processus globaux de prise de décision, tout cela contraint l’expertise en relations internationales à élargir la « trousse à outils » conceptuelle bien au-delà de l’analyse traditionnelle des rapports interétatiques[3].

La littérature scientifique, riche mais majoritairement nord-américaine, a jusqu’à récemment privilégié une approche largement focalisée sur la technique – aujourd’hui très insuffisante –, au détriment des facteurs culturels, économiques, diplomatiques, etc. qui travaillent pourtant la gouvernance de l’internet[4].

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