Catégorie : Revue des livres Page 228 of 290

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Les causes du chômage structurel

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2014).  Henri Sterdyniak propose une analyse de l’ouvrage de Thomas Janoski, David Luke et Christopher Oliver, The Causes of Structural Unemployment (Polity Press, 2014, 208 pages).

Pour le lecteur français, cet ouvrage présente deux intérêts majeurs : il montre que les problèmes du marché du travail américain sont très proches de ceux du marché du travail français ; et, bizarrement, il traite du cas américain sans s’intéresser, sauf de façon marginale, à la situation des pays européens et aux analyses qu’ont pu produire les chercheurs de notre continent.

La définition et la mesure du chômage structurel sont problématiques. Celui-ci ne s’explique ni par les fluctuations conjoncturelles, ni par les inévitables délais d’embauche et de changement d’emploi ; c’est donc le chômage observé en moyenne sur le cycle économique. Or il s’avère difficile, après la crise de 2007-2009, de repérer le niveau normal d’activité. Les auteurs montrent des preuves empiriques de la dégradation du marché du travail américain. Ainsi le taux d’emploi des 25-65 ans n’est que de 72,3 % en 2013 contre 77,5 % en 2000, nettement plus faible qu’en Allemagne (78,5 %). Le taux de chômage de longue durée, comme celui de temps partiel subi, ont fortement augmenté. Surtout, les inégalités salariales se sont accrues : les emplois stables et correctement rémunérés d’ouvriers ou d’employés qualifiés disparaissent au profit d’emplois précaires.

L’Écosse et la tentation de l’indépendance

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2014). Yves Gounin propose une analyse de l’ouvrage d’Edwige Camp-Pietrain, L’Écosse et la tentation de l’indépendance. Le référendum d’autodétermination de 2014 (Presses universitaires du Septentrion, 2014, 218 pages).

Le 18 septembre 2014, les Écossais ont refusé à 55,3 % d’engager un processus qui aurait pu leur permettre d’accéder à l’indépendance dans les deux ans. En 2013, Keith Dixon avait pronostiqué ce résultat ici-même. Edwige Camp-Pietrain scrute l’évolution de l’Écosse depuis plus de 20 ans et résume en 200 pages très denses les enjeux du référendum : une synthèse pédagogique et équilibrée aussi stimulante à lire après le 18 septembre qu’avant.

La première partie de l’ouvrage est chronologique. La marche vers l’indépendance – ou plutôt à la restauration d’une indépendance perdue en 1707 avec le traité d’Union – est en effet un processus de long terme.

La Jordanie contestataire

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2014). Denis Bauchard propose une analyse de l’ouvrage de Pénélope Larzillière, La Jordanie contestataire. Militants islamistes, nationalistes et communistes (Actes Sud, 2013, 242 pages).

LarzilliereLes ouvrages en langue française sur la Jordanie sont rares : celui-ci apporte sur le pays, sa société et sa vie politique une analyse intéressante et originale qui mérite d’être relevée. Pénélope Larzillière est partie d’une enquête de terrain de plusieurs années au cours desquelles elle a pu recueillir les témoignages de nombreux militants de sensibilités différentes : nationalistes, communistes, islamistes. L’exploitation de ces entretiens lui a permis de reconstituer les trajectoires de ces militants, et de reconstituer la façon dont la « monarchie constitutionnelle » a géré, en combinant « ouverture et répression », la vie politique du royaume qui reste un îlot de stabilité au Moyen-Orient.

À relire. Recension du livre de Ulrich Beck, Non à l’Europe allemande

Le sociologue allemand Ulrich Beck est décédé le 1er janvier 2015. Nous vous proposons de relire la recension de son livre Non à l’Europe allemande. Vers un printemps européen? (Autrement, 2013) parue dans le n°2/2014 de Politique étrangère.

9782746734937FSL’universitaire Ulrich Beck semble briser un tabou avec son nouveau livre, qui critique une « Europe devenue allemande ». Sa cible favorite est Angela Merkel, chancelière fédérale réélue au moment de la publication du livre. Liant la théorie du pouvoir de Nicolas Machiavel à sa propre théorie de la société mondiale du risque, il dénonce le « merkiavélisme » dont la légitimité d’action est fondée sur l’urgence d’agir face au risque. La théorie de la « société du risque » avancée par l’auteur est celle d’une modernité échappant à tout contrôle. Il l’applique ici à la crise européenne et à celle de l’euro. Faute d’une gouvernance efficace au niveau européen, les gouvernements capitulent devant la crise et participent à l’avènement de cette Europe allemande « nationalisée ».

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